Prendre une position épistémique dans l’interaction. Les marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute en français

Prendre une position épistémique dans l’interaction. Les marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute en français

Also known as: posepi

Comment exprime-t-on et assume-t-on, en français, le fait de savoir quelque chose, d'en douter ou de l'ignorer ? On pourrait croire que cette question d'apparence si simple a été réglée depuis longtemps, tant elle résonne avec notre quotidien : ne sommes-nous pas en effet en permanence en train de moduler, nuancer, adapter le degré de certitude de ce que nous disons et de plus ou moins afficher les sources, des plus directes aux plus indirectes, sur lesquelles nous basons ce que nous avançons ? Les linguistes, y compris celles et ceux qui se sont penchés sur le français, ont certes circonscrit ce qu'on appelle la modalité épistémique, d'une part, le domaine évidentiel de l'autre, identifiant toute une série de marqueurs, des plus lexicaux (« peut-être », « probablement ») aux plus phraséologiques (« il se peut », « il me semble », « j'en sais rien »), qui permettent à une locutrice ou un locuteur de moduler la prise en charge du contenu qu'il ou elle avance. Toutefois, il n'existait encore aucune étude empirique, basée sur un ensemble de données naturelles constituées en corpus, qui propose une analyse systématique de ces marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute tels qu'ils apparaissent dans des interactions authentiques et tels qu'ils servent, en leur sein, à élaborer des jeux de positionnements respectifs ([je sais, tu ne sais pas]; [nous savons, ils doutent]; etc.). Le présent projet présente ainsi la première étude systématique des marqueurs épistémiques et évidentiels du français tels qu'ils émergent dans un corpus documentant 28 heures d'interactions naturelles, 14 étant tirées de débats publics et télévisés, 14 de réunions professionnelles. Ces données originales ont été recueillies et confectionnées lors de recherches antérieures. Elles présentent l'intérêt d'être vidéo-enregistrées et donc de permettre une prise en compte de la dimension mimo-gestuelle, de manière à sortir d'un verbo-centrisme largement critiqué et embrasser une approche plus multimodale du langage et de la communication. Le fait que ces données documentent deux types d'interaction différents - les débats politiques et les réunions professionnelles - rend finalement possibles des comparaisons entre les deux contextes. L'objectif d'étudier systématiquement les marqueurs épistémiques et évidentiels a rencontré un état de la littérature particulièrement fragmenté, qu'il s'agisse de perspectives, de données ou de définitions. Ce faisant, le projet a impliqué une avancée sur les fronts théorique, méthodologique et analytique. Au plan théorique, le projet clarifie, sur une base empirique, les rapports entre les domaines de l'épistémique et de l'évidentiel en français. Au plan méthodologique, le projet présente un cadre d'analyse qui articule panorama quantitatif d'ensemble et explorations qualitatives de détail. Au plan analytique, le projet propose une analyse systématique des marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute en français tels qu'ils émergent d'un corpus de données naturelles et lie ceux-ci aux positions prises par les locutrices et locuteurs dans l'interaction. Sur ces trois fronts, le projet articule les apports et les perspectives des trois champs disciplinaires que sont la linguistique de l’énonciation, la linguistique interactionnelle et l’analyse conversationnelle multimodale, de manière à ce que chaque observable soit considéré dans ses dimensions énonciative, interactionnelle et multimodale. En termes de pertinence et d’impact, et au travers de deux recherches doctorales et d'une monographie accessibles en open access, le projet contribue à une meilleure compréhension du langage - en général - et des ressources énonciatives spécifiques que sont les marqueurs épistémiques/évidentiels - en particulier - du point de vue de leur fonctionnement interactionnel. Il propose non seulement un enrichissement mutuel de la linguistique de l’énonciation et de la linguistique interactionnelle, mais aussi une modélisation qui intègre le rôle de la multimodalité. Le projet propose enfin une analyse d’une langue peu explorée du point de vue du positionnement épistémique et il contribue de ce fait à poser les bases pour des comparaisons interlinguistiques, très sollicitées à l’heure actuelle.

Project Leader, Data Curator, Data Collector
Senior lecture
Université de Lausanne
jerome.jacquin@unil.ch
Ana Claudia Keck
Project Member, Researcher, Data Curator
PhD student
Université de Lausanne
anaclaudia.keck@unil.ch
Clotilde Robin
Project Member, Researcher, Data Curator
PhD student
Université de Lausanne
clotilde.robin@unil.ch
Data Curator
Research manager, Researcher manager, Research Manager
Université de Lausanne
marion.rivoal@unil.ch
Loïc Jaouen
Other
IT support
Université de Lausanne
loic.jaouen@unil.ch

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Citation

Jacquin, J., Keck, A., Robin, C., Roh, S., Rivoal, M. (2024). Marqueurs épistémiques et évidentiels du français identifiés et annotés dans un corpus d'interactions relevant de débats politiques et de réunions d’entreprise [Projet FNS 188924, POSEPI] [base de données] (DaSCH), http://ark.dasch.swiss/ark:/72163/1/0120

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Full Open Access
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Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International License
(2024-04-30)

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Prendre une position épistémique dans l’interaction. Les marqueurs du savoir, du non-savoir et du doute en français

Contact

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jerome.jacquin@unil.ch

Project Timeline

Period
2020-03-01 – 2024-03-31
Status
Finished

Funding

Grants
Swiss National Science Foundation (SNSF)
Grant: 188924
Project funding
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Available